Bangui, RCA vibre, mais pas d’une joie unanime. Faustin Archange Touadéra, l’homme fort de la République Centrafricaine, s’est adjugé un troisième mandat présidentiel dès le premier tour, avec un score tonitruant de 76,15%. Un raz-de-marée électoral qui, loin de calmer les flots tumultueux de la politique centrafricaine, risque d’attiser les braises d’une contestation latente.
Le 28 décembre 2025, plus de deux millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour un quadruple scrutin : présidentiel, législatif, régional et municipal. Un défi logistique colossal dans un pays où l’ombre de la guerre civile plane encore. Sur les 2 398 158 âmes inscrites, un peu plus de la moitié (52,42%) a finalement fait le déplacement, un chiffre qui interroge sur la confiance réelle de la population envers le processus démocratique.
Le verdict des urnes en RCA
Le verdict des urnes est sans appel : 894 556 voix pour Touadéra, candidat du Mouvement cœurs unis (MCU). Une victoire écrasante, mais entachée d’accusations de fraudes massives et de manipulation du vote. L’opposition, muselée et divisée, dénonce un simulacre d’élection, un plébiscite orchestré par un pouvoir autoritaire.
Anicet Georges Dologuele, le principal challenger, arrive loin derrière avec 14,66% des suffrages. Un score famélique qui souligne la faiblesse de l’opposition face à la machine de guerre électorale mise en place par le camp présidentiel. Les autres candidats, Henri-Marie Jeanneney Dondra, Marcelin Yalemende, Serge Ghislain Djorie, Eddy Symphorien Kparekouti et Aristide Briand Reboas, se partagent les miettes, symboles d’une dissension qui profite au pouvoir en place.
Le verou de la limitation du mandat a a été sauté
La réforme constitutionnelle de 2023, qui a supprimé la limitation des mandats, a ouvert la voie à cette troisième candidature controversée. Pour ses partisans, Touadéra est le garant de la stabilité, celui qui a su ramener la paix (relative) dans un pays déchiré par les conflits. Pour ses détracteurs, il incarne la dérive autoritaire, le verrouillage du pouvoir, la confiscation de la démocratie.
Le scrutin a été marqué par un nombre important de bulletins nuls (40 231) et de bulletins blancs (39 386), autant de témoignages silencieux d’un malaise profond. Le taux de compilation des résultats, qui s’établit à 84,39%, laisse planer des doutes sur la transparence de l’opération.
L’annonce de la victoire de Touadéra a déclenché des scènes de liesse dans les quartiers pro-gouvernementaux, mais aussi des manifestations de colère dans les fiefs de l’opposition. La République Centrafricaine, une fois de plus, se retrouve à la croisée des chemins.
L’appel au dialogue pour un climat apaisé
La communauté internationale observe avec inquiétude. Les partenaires occidentaux, longtemps garants de la stabilité financière du pays, appellent au dialogue, à la transparence, à la justice. Mais leurs voix peinent à se faire entendre dans un pays où les ingérences étrangères sont perçues avec méfiance.
Le troisième mandat de Touadéra s’annonce périlleux. Il devra non seulement faire face à une opposition déterminée, mais aussi gérer les tensions communautaires, les revendications sociales, les défis économiques. La route vers la paix et la prospérité est encore longue et semée d’embûches.
La République Centrafricaine, un pays riche en ressources naturelles mais pauvre en stabilité politique, est un baril de poudre prêt à exploser. L’élection de Touadéra, loin de résoudre les problèmes, pourrait bien les exacerber. L’avenir du pays se joue maintenant, dans les rues de Bangui, dans les villages reculés, dans les couloirs du pouvoir. Un avenir incertain, suspendu à un fil.