Frappes américaines au Nigeria, une démonstration de force aux motifs entrelacés. Les Les dernières bombardements américains au Nigeria ont suscité des vagues d’interrogations et de spéculations, loin de l’unanimité. Si l’opération est présentée comme une riposte au massacre de chrétiens et une lutte contre le terrorisme, elle dévoile des enjeux géopolitiques et idéologiques bien plus complexes.
Pour certains observateurs, ces frappes s’inscrivent dans une stratégie de projection de puissance, visant à consolider l’influence américaine dans une région névralgique, riche en ressources et carrefour stratégique vers le Sahel. Dans un contexte de compétition accrue avec la Russie, la Chine, l’Iran, et d’autres acteurs émergents, Washington réaffirme ainsi son ancrage en Afrique de l’Ouest. D’autres analystes y voient une signalétique claire adressée aux adversaires des États-Unis, proclamant le Nigeria comme une zone d’influence américaine.
Abuja et Washington : une alliance ambiguë
L’aval discret du gouvernement Tinubu, doublé d’une coopération en matière de renseignement, témoigne d’une alliance sécuritaire étroite, mais soulève des questions sur la souveraineté nigériane. En autorisant ces frappes, Abuja reconnaît implicitement ses difficultés à contenir les groupes armés et jihadistes, malgré des années d’opérations militaires. Cette dépendance sécuritaire pourrait, à terme, fragiliser la position du Nigeria sur la scène régionale et internationale.
Fragmentation et Souveraineté en péril
Au-delà des objectifs affichés, ces frappes comportent des risques majeurs. L’instrumentalisation du récit de la « persécution des chrétiens » par certains lobbys américains et une partie de la droite religieuse simplifie à outrance une réalité complexe de conflits multifactoriels, exacerbant les tensions intercommunautaires. Si l’opération est perçue comme une intervention pro-chrétienne, elle pourrait alimenter un sentiment de victimisation et radicaliser certains groupes, tout en créant un précédent dangereux : celui d’un recours facilité aux frappes américaines sous couvert d’antiterrorisme. Une telle escalade menace la souveraineté des États africains et pourrait entraîner des bavures aux conséquences désastreuses, tout comme elle pourrait, selon certains experts, viser indirectement l’Alliance des États du Sahel, mettant à mal leur ambition de prendre leur destin en main après des décennies de domination occidentale.