Le Sénégal est le théâtre d’une crise sanitaire d’ampleur, centrée autour de Softcare, une multinationale chinoise spécialisée dans la fabrication de couches pour bébés et de serviettes hygiéniques. L’entreprise, devenue un acteur majeur du marché africain de l’hygiène, est accusée par les autorités sénégalaises d’avoir recouru à des matières premières périmées dans la production de ses articles. Ces allégations, d’une gravité extrême, pointent du doigt une possible atteinte à la santé publique et font état d’une tentative de corruption d’un inspecteur pharmaceutique. L’affaire, qui prend des proportions considérables, dévoile des pratiques industrielles obscures et soulève des interrogations fondamentales concernant la sécurité des produits d’hygiène destinés aux populations les plus vulnérables du pays.
Un Ascendant Fulgurant entaché par la contestation
Fort d’estimations de ventes vertigineuses – 6,3 milliards de couches et 2,9 milliards de serviettes hygiéniques projetées sur le continent africain d’ici 2025 – Softcare semblait promis à un avenir des plus prospères. Son modèle économique, fondé sur une politique de prix bas (environ 15 centimes d’euro la couche), lui a permis de s’implanter rapidement et de s’approprier une part de marché conséquente, notamment au Sénégal. Cependant, cette ascension spectaculaire est aujourd’hui assombrie par les accusations formulées à son encontre. L’indignation populaire monte, portée par des voix comme celle du député Guy Marius Sagna, membre du parti au pouvoir, qui a dénoncé une possible dissimulation de la vérité par le ministère de la Santé. Face à la gravité des faits allégués, une mission d’information parlementaire a été mise en place le 5 janvier, dans le but d’enquêter de manière approfondie et d’auditionner les différents acteurs impliqués.
L’Agence Sénégalaise de Réglementation pharmaceutique donne l’Alerte
Le scandale a éclaté au grand jour le 8 décembre, suite à la diffusion d’une note d’information émanant de l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (ARP). Cette dernière ordonnait le retrait immédiat du marché de l’ensemble des produits Softcare. Cette décision radicale, motivée par la découverte de matières premières périmées au sein des couches et serviettes hygiéniques, a agi comme un signal d’alarme et provoqué une vague d’inquiétude légitime au sein de la population. L’ARP a justifié sa position en invoquant des risques potentiels pour la santé des consommateurs, en particulier les nourrissons et les femmes, particulièrement sensibles aux substances nocives. Le retrait massif des produits Softcare des rayons des magasins a engendré un véritable séisme, mettant en lumière l’ampleur du problème et la fragilité du marché face aux pratiques frauduleuses.
Au-Delà de l’Affaire, un enjeu de Santé publique majeur
L’affaire Softcare a eu l’effet d’un révélateur, levant le voile sur une opacité persistante concernant la composition et la sécurité des produits d’hygiène jetables. Au-delà des procédures administratives et judiciaires en cours, elle a mis en évidence la « méconnaissance profonde du public » quant aux substances contenues dans ces produits, largement utilisés au Sénégal et en Afrique, selon les mots d’une fonctionnaire de l’agence ONU Femmes.
Depuis des années, des associations tirent la sonnette d’alarme quant à l’utilisation de produits chimiques potentiellement dangereux, notamment ceux employés pour le blanchiment des serviettes hygiéniques. Ce scandale sanitaire souligne donc l’impérieuse nécessité d’une meilleure information des consommateurs, d’un contrôle renforcé des produits mis sur le marché et d’une réglementation plus stricte en matière de santé publique. Seul l’avenir dira si cette crise permettra d’instaurer une plus grande transparence et de garantir la sécurité des produits d’hygiène pour tous.